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tassili n'Ahaggar

Cybersahara

 

voyage dans le temps

Le pays sédimentaire admet, par contraste avec le pays cristallin, une certaine unité morphologique ainsi qu'une continuité naturelle avec les tassilis septentrionnaux (Ahnet, Immidir, Ajjers).

Les tassilis tan Ahaggar comprennent les tassilis du sud sud-ouest, reliefs plus ou moins isolés, tel que Tim Missao, et les tassilis du sud constitués par une série de plateaux continus de la région de Tin Zaouatin à l'oued Tafassasset du Ténéré (Tin Akacheker, Tin Ghergho, Tan Anfeg, Immeskor, Tagrera, Youf Ahakit, Tahaggart, Tin Edjoleh etc…). Leur modèle se résout à l'intérieur de grandes structures subméridiennes, par une suite de " côtes " ou falaises (hauteur max 300 m). Relief naturellement tabulaire, les paysages y révèlent également une géomorphologie en cuesta, gour, gara et falaise. Les formes très pittoresques sculptées d'amplitude océanique, résultent du jeu préférentiel des érosions.

Les tassilis tan Ahaggar sont bordés ou entremêlés de grandes étendues de dunes localisées au pied des grandes falaises en cordons plus ou moins réguliers. Lorsque la falaise est basse les dunes arrivées au pied d'un tassili escaladent souvent la falaise. Quand celle-ci est élevée, le cordon se tient plutôt à distance. L'action du vent transporte les grains de sable jusqu'à rencontrer l'obstacle où il les dépose. Le sable s'accumule, une dune est née.

Ces formations primaires sont d'origine sédimentaires, leur matière provient directement de l'extérieur de l'écorce terrestre. Les sédiments s'y sont déposés lors des transgressions marines de l'ère primaire. Tout au long de millions d'années, poudre de grés et sables se confondent.

La nature lutte sans cesse contre les caprices du temps et s'acharne à vivre pour être quasi éternelle à l'humanité. Apprenons à l'aimer, la sauvegarder intacte, car de telles splendeurs sont tout de même indispensables à la survie, à l'équilibre et au bien-être de l'homme.

 

..........Tassili,

dans l'éblouissement de tes déserts

(article paru dans la revue "salama"n° 15, juin- juillet 1999)

©  chekib abdessalam

Si le désert m'était conté ? Est-il une utopie ? Nous réserve-t-il un voyage initiatique ? Une utopie de l'errance des êtres et des choses, hors du temps, omniprésente, mille fois répétée, réalisée à la clarté de ses soleils, de ses lunes, dans l'éblouissement de ses sables, de ses sourires, par l'enfouissement de sa faune, dans le regard d'une fennec furtive, par le stratagème génial de ses flores endémiques ou reliques, par la silice soulevée de la roche tassilienne, par la magie de ses affleurements érodés. Oui, voici, le mot envoûtant : tassili. Que veut-il dire ce mot accolé, affublé, mythique, méconnu ou préféré, possédé, pluriel ou possessif : tassilis de l'Ahaggar, tassili de l'Immidir, tassili Tin Ghergho, tassili des Ajjers, tassili Tim Missao, tassili Timeskis de l'Arak et de l'Ahnet, Tin Akacheker, Djado, Akakous et bien d'autres, en grand nombre… Un collier de perles qui ne se ressemblent pas.

Majestueux, fragile, tassili, avec toi, avec vous, le désert n'est pas une utopie mais une réalité. D'aucuns lui auront tourné le dos. Une immense réalité, une part du gigantisme à l'échelle géologique, une part du monde, la mémoire d'une humanité naissante, évoluant, progressivement, du soleil levant à l'occident, de l'australopithèque au chamelier bleu, un tassili est un vaste musée mais un musée vivant, bel et bien vivant, à ciel ouvert. Un ciel ouvert à tous les tumulus, les monuments pré ou protohistoriques, ouvert à toutes les pierres d'une casbah antique, à tous les argiles d'un ksar, ouvert à l'ocre de ses hori-zons immanquablement lumineux, ouvert au marcheur, au voyageur, qu'il soit grand chasseur, pasteur bovidien, caballin, garamante, homme à tête ronde, à museau de chien, au profil égyptien, libyque, coiffé d'antennes ou filiforme. Ah ! Peintures, gravures et inscriptions rupestres, racontez-nous !

Le désert nous écrit son histoire, ses géographies, sur tout ce qu'il trouve à portée de main ou à mille lieux, éboulis ou piton, abri sous roche, granit, basaltes ou grés friables, à-pic ou abrupt, au niveau d'anciennes paléo-terrasses ou au cône des cheminées d'un volcan démantelé. Il écrit sur la roche, peint sur les montagnes, trace sur le sable, inscrit au bord des oueds et dans le vent, sous l'inconditionnel bleu d'un azur hospitalier. Sur la hamada, le reg, le tassili et l'erg, il écrit la nuit, le jour, la beauté, l'illumination, l'infini et l'absolu des présences, le geste et la croyance. Il écrit et nous parle. La jeune fennec en atteste. Le chamelier en témoigne. Ses mots sont partout. Le désert est un tassili de tradition orale, un labyrinthe aux sommets inaccessibles qui parfois grondent en été, rugissent en hiver, parfois chantent au xylophone des phonolithes, une vallée chevrière, un oued qui coule vers la plaine au pâturage bercée par la mélopée de l'imzad, monocorde vibrant sous l'archer ébahi qui ne comprend plus les mots du tifinagh des chameliers d'un autre temps, arrivés là avec le désert, à Aramaj ou à Jahil, l'un des trois villages fondateurs de Djanet, à l'ombre d'une falaise sous les palmiers, aux pieds du mont Assakao, sur une saillie volcanique. Prés du djebel Adaf ou de la agba Tafilelt, le poète targui compose ses tissiouays.

Qu'est-ce donc un tassili ? Un rêve, un concept, un terrain, un espace, une pensée, un azur aux étoiles légendaires ? Ne serait-ce qu'un vocable targui, un terme de géomorphologie de la tamahak, qui désigne évidemment un type de relief, la roche et son labyrinthe, revus et corrigés par Eole et son grain de sable ? Tassili, nous disons le tassili, d'accord, mais n'oublions pas que tassili est un mot féminin, une déesse légendaire, une beauté géante et peu conformiste au cœur des déserts, une intrigante érosion fatale qui vient à notre rencontre pendant des millions d'années ? Tassili, sa famille : isseli, essali, éousseli, tessalit, tessaghlit, tisselen…des mots pour chanter un univers minéral. Les tassilis sont en nombre. Elles entourent, séduisent et passionnent l'Atakor, ce massif cristallin né d'un bombement antécambrien de la plate-forme continentale rehaussé par un jeune volcanisme qui coiffe l'Ahaggar (Hoggar) de son plus bel Alechou, le litham bleu indigo. Dans son jargon, le géologue parle de ceintures tassiliennes et prétassiliennes.

Situés dans ce que l'on appelle le Sahara central, les tassilis détiennent un catalogue riche de milliers de stations archéologiques, de gisements de surface, foyers, habitats, ateliers d'outillages lithiques, barkhanes, basinas, cercles de pierres, fresques et terrasses aménagées. Plus anciens que la sécheresse et la désertification actuelle, ses fossiles témoignent d'alternances climatiques et de paléo-environne-ments qui marquent, façonnent un paysage, font et défont les civilisations successives du Sahara : celles des préhumains, des grands chasseurs, des éleveurs de bovidés et de bubales, des caballins ou garamantes de la fin du néolithique, et, enfin, de nos contemporains, les chameliers. Pour ne citer que les plus connues, matière à étude de nos éminents archéologues. N'oublions pas de citer les Issabaten, proto-historiques, voir subactuels, ces anti-héros de la tradition orale des touaregs de l'Ahaggar et des Ajjers.

Aujourd'hui, les tassilis demeurent une terre de prédilection pour les êtres vivants qui y déploient un maximum d'efforts pour s'adapter : des stratégies de survie, une hyper-adaptation au milieu naturel, une vie en harmonie avec la nature, une intelligence qui respecte les grands espaces, embellit et ennoblit le désert. Une véritable réserve de la biosphère, bien avant que le MAB (comité de l'Homme et la Biosphère) ne le déclare tel et que l'UNESCO ne classe Patrimoine Mondial le tassili des Ajjers.

Aujourd'hui, le tassili des Ajjers (110 000 Km²) et l'Ahaggar (540 000 Km²) sont tous deux érigés en parcs nationaux qui protègent et mettent en valeur le patrimoine culturel et le patrimoine naturel. Ils constituent la plus vaste aire protégée de notre planète bleue.

 

Ils renferment plusieurs centaines d'espèces végétales saharien-nes, d'origine saharo-soudanaise, tropicale et méditerranéenne. Pour exemple, l'olivier, le pistachier sans oublier le plus vieil arbre d'Afrique, la Tarout ou cyprès du tassili, une relique de 4000 ans vivante. Ils renferment une faune particulière souvent menacée de disparition ou en voie d'extinction totale du fait de l'homme, celui du vingtième siècle finissant. Des antilopidés, addax, dama, gazelles, mais aussi des rongeurs, des insectes, des oiseaux, des migrateurs, des reptiles, des félins… des rescapés du gigantisme, sauriens miniatures et bien d'autres guépards, hyènes, lycaon, daman des rochers, rat kangourou, gerboises, autruches, aigles, vautours percnoptères…

Ils renferment un important patrimoine culturel de tradition orale - légendes, contes, mythes et poésie, récits historiques, chansons, musiques, danses -, qui atteste de l'existence actuelle d'un être humain profondément adapté et attaché au désert, un homme libre, accueillant et généreux. Un nomade qui tient bon mais qui lui aussi pourrait être menacé de disparition, de sédentarisation, voir même d'acculturation ou de macdonalisation en ce nouveau millénaire qui se dit mondial, global ?

C'est pour cela que l'on y voyage autrement. De préférence en méharée ou en trekking. Les tassilis de l'Ahaggar et celui des Ajjers constituent de fait, la capitale mondiale d'un tourisme alternatif, un tourisme qui se veut respectueux, valorisant, culturel et découverte. Au fil de l'escalade et des bivouacs, le tassili est une perle rare que seul un plongeur émérite peut entr'apercevoir comme chaque jour l'éclaireur bédouin que guident les shet ihad, les filles de la nuit, ses sept étoiles de la pléiade, oui, ce caravanier ou ce berger dont on ne prononce jamais le nom avant le lever du soleil, car ainsi le veut la coutume des hommes bleus. Vous y rencontrerez Djibril dont le souvenir vous guette au détour de Tamrit, de Séfar et de Jabbaren. Vous y croiserez peut-être une taménokalt imanen des ultimes descendants du sultan Goma ou un fier amghar des Kel Ajjers au volant de sa toyota blanche ou de son méhari.

Heureusement, le désert les protège, les tassilis ne sont pas prêtes d'en finir de nous éblouir.

Chekib Abdessalam

 

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